Contrairement à la terre du jardin, l'argile est une terre débarrassée de tout éléments organiques. Elle estuniquement composée d'oxydes minéraux et métalliques comme la silice, l'alumine, le fer ou encore le titane ou le potassium.
L’argile pétrie et façonnée sera alors tournée à la main sur mon tour de potier.
Une fois tournées et à peine durcie par un léger séchage, certaines pièces seront tournassées, ansées ou encore ajourées, puis découpées.
Ces opérations permettent d’alléger une pièce, de travailler son assise, de calibrer une ouverture ou un couvercle.
Cela permet également de poser une anse ou de retoucher une forme que l’on voudrait "pot...finer".
Vient alors, après séchage complet : la première cuisson.
Passés au four à 1000°, les pots seront sous-cuits et resteront poreux.
Ils prendront alors l’appellation de "dégourdis" et seront prêts à être émaillés.
L’émaillage
Cette fois encore, la silice est une matière indispensable à la réalisation d’un émail pour céramiques: c’est elle qui, une fois fondue sur le tesson, lui donnera cet aspect vitrifié.
Pour cela, il faut qu’elle fonde à une température identique à celle de cuisson du tesson : 1300°.
Mes recettes d’émaux sont préparées sur place et composées de différents oxydes, tels que le calcium, le magnésium, le potassium ou encore le sodium.
Ces oxydes minéraux permettront de baisser le point de fusion de la silice pure, de donner une texture à l'émail et améliorer sa solidité.
C'est d'ailleurs le rapport entre la silice et l'alumine qui garantit à l'émail son utilisation sur des céramiques à usage alimentaire.
Ensuite je les colore en y ajoutant des oxydes métalliques comme le cuivre, le fer, le cobalt, l’étain, le chrome et bien d'autres..
Rouges de cuivre, bleus de fer et manganèse, roses de chrome… Ce sont ces oxydes qui donnent leur nom à l’émail.
Opaque, translucide, mat, brillant, rugueux, soyeux, lisse : Il y a autant de recettes qu’il y a de potiers !
À chaque four, je teste et essaye les nouvelles combinaisons de cet univers infini…
La cuisson : l’ultime étape
Le passage à la flamme révèlera ces semaines de travail.
Il est impératif de cuire les pièces à maturité pour obtenir la vitrification de la silice qui compose majoritairement le grès!
On parle alors de cuissons "haute température".
Pour atteindre ces 1300°, ce seront plus de 8h de cuisson au gaz qui seront nécessaire.
Pendant ces 8h, la conduite du four est primordiale et la vigilance de mise.
En ajustant la pression de gaz et les arrivées d’air dans le four au fil de la journée, il est possible de jouer sur l’atmosphère de cuisson et de favoriser la présence d’oxygène ou de monoxyde de carbone dans le four.
On parle alors de cuisson oxydante, neutre ou réductrice.
Cette conduite du four influe sur les couleurs (et peut transformer un rouge de cuivre en vert si les réglages d’air n’ont pas été appropriés) !
Avec ses joies et ses peines, le défournement est un moment unique dans la vie de l’atelier.
Pour ma part, l’émerveillement à l’ouverture de la porte du four reste le même après toutes ces années.