Passionné par la recherche d'émaux, je me procure pour ma production de céramiques, les oxydes minéraux et métalliques qui composent une glaçure chez mes différents fournisseurs spécialisés. Ces matières premières standardisées et conditionnées dans des sacs étiquetés, arrivent directement à l'atelier.
La silice (quartz), l'alumine, le carbonate de calcium (craie), le magnésium, le fer, le cuivre, le manganèse, le cobalt et bien d'autres encore sont alors autant de matières premières disponibles sous forme de poudres pures ou composées, soigneusement extraites et raffinées, issues de carrières. Chacune apporte sa contribution spécifique à la recette finale : résistance, brillance, couleur ou encore, texture.
Mais la pratique des émaux de roches représente pour moi un véritable retour aux sources, un aboutissement ultime dans ma vocation de potier. C'est une démarche radicalement différente, presque primitive, qui court-circuite toute la chaîne industrielle pour renouer avec les gestes ancestraux des premiers céramistes.
Cette pratique existe depuis la nuit des temps et bon nombre de potiers, à travers les siècles et les continents, ont joué aux apprentis géologues, curieux de comprendre l'univers minéral qui les entoure et surtout : pouvoir le façonner, le transformer, l'apprivoiser. Ils ont observé, testé, échoué, recommencé, développant au fil des générations une connaissance empirique fascinante de la géologie locale.
Pour élaborer un émail dans cet esprit, il y a alors pour cela deux solutions primaires qui s'offrent au potier explorateur : récupérer au travers des cendres d'une plante les minéraux qui la composent, (méthode largement utilisée dans la tradition asiatique notamment), ou broyer directement les pierres ramassées dans la nature environnante.
Il est certes beaucoup plus commode et moins éreintant de calciner des végétaux que de pulvériser laborieusement des roches dures à l'aide d'un mortier ou d'un broyeur.
Pour ma part, baser une recherche d'émail sur des « cailloux » que j'ai ramassé lors de balades ou de voyages, et essayé si possible d'identifier avec plus ou moins de succès, est devenu un véritable jeu. Une passion addictive qui me permet d'attiser encore un peu plus mon émerveillement dans la pratique quotidienne de la céramique.
Chaque pierre devient une promesse, un potentiel inexploré. Ce galet ramassé au bord de la rivière donnera-t-il quelque chose ? Cette roche est-elle composée d’oxydes métalliques et si oui, lesquels ? Produira-t-elle des coulées spectaculaires ? Ce grès ferrugineux qu'offrira-t-il ?
Cette approche transforme chaque sortie en pleine nature en quête minérale, chaque randonnée en prospection géologique amateur. Le regard change, s'affûte, apprend à reconnaître les formations prometteuses. Et lorsqu'un émail de roche réussit enfin après des essais multiples, la satisfaction est incomparable : tenir entre ses mains une pièce dont la glaçure provient directement de la terre que l'on foule, sans intermédiaire, crée un lien profond et presque magique avec le territoire et la matière.
Calcite
Ocre
Grès rose
Stéatite
Recherches d'eutexies !
"Une eutexie (ou mélange eutectique) en céramique, est un mélange de plusieurs matériaux qui fond à une température plus basse que chacun de ses composants pris séparément."